l’art du recommencement

Bizarrement je ne fais jamais une toile du premier coup. Vous n’imaginez pas l’épaisseur de la couche d’acrylique sur mes toiles. Je fais un truc et,  en cours de chemin ou alors un mois après la fin, je recouvre le tout de peinture rouge ou blanche.

Parfois je pense que c’est parceque je mets trop de temps à finir  une toile. Du coup l’idée qui la vue naitre s’estompe dans mon esprit et je ne peux plus la finir.

Comment ce fait-il que (alors  que j’aime peindre) je  ne trouve pas le temps de finir une toile ? Hé bien plusieurs facteurs rentrent en compte : une maquette à remettre, des rendez-vous à honorer, un film à regarder, une vaisselle à faire. Que du pipeau hein ?

Oui que du vent. La vrais raison,  et ce quelque soit l’endroit où j’ai vécu jusqu’à présent,  c’est l’espace. Depuis mon dernier déménagement,  je peins sur une mini galerie entièrement ouverte. Ce qui implique pluie, soleil et « mabouya » (lézard jaunâtre un peu dodu au regard glauque et qui chie partout, vraiment partout).

Vue que de tant à autre il faut laisser sécher la peinture un moment,  la nuit tombe,  ou alors le soleil se ramène ou encore mieux,  la toile prend une bonne douche.

J’aimerais bien avoir une pièce avec tout ce que j’ai peint sous les yeux (de temps en temps  j’essaye de les mettre toutes (les toiles) debout pour avoir une vue d’ensemble. je vois l’évolution et ça me donne d’autres idées). Le fait de devoir  tout ranger dès qu’on a donné deux coups de pinceau me fatigue à l’avance. Du coup  je griffonne d’avantage dans mon carnet de croquis (je devrais en montrer des passages :roll: …) c’est plus rapide et moins envahissant (et salissant!).

La période durant laquelle j’ai peint le plus était dans mon ancien appart : un grand bureau dans lequel je pouvais laisser trainer deux toiles à l’abri des intempéries. Une armoire encastrée  cachait mon matériel ( je n’avais pas à le sortir, juste à pousser la porte coulissante). Ni trop chaud, ni trop froid, bon éclairage (pas de lumière directe) bref, un coin propice à la créa.

Mais même là,  bien que je les finalisais,  je recomençais  souvent des toiles. Une sorte d’insatisfaction dû soit : à mon manque de technique pour traduire mon ressenti,  soit à trop peu de ressenti. Ressenti ? Quesaquo ?
Quand je crée c’est parceque j’ai  un sentiment à mettre en forme. La forme qu’il prend à travers la peinture n’est parfois pas assez forte par rapport à ce que j’ai en tête. L’inverse aussi peu se produire. En quelque sorte du moins. Disons que je fais un truc,  c’est mignon et techniquement réussi, mais totalement vide de sens pour moi. Cela ressemble plus à une commande pour article de décoration. Un truc creux quoi.

Et je navigue entre ces états : truc creux, truc pas assez fort, un bon lavage sous la pluie et quelque recouvrement au rouge écarlate plus tard, boom. Une toile apparait (c’est fou toute la peinture que je gaspille). C’est juste qu’avec le manque d’espace,  j’ai du mal à rentrer dans un état d’esprit propice à la créa. I can’t stay focus !

En somme mon syndrome de « je recouvre une fois de plus cette toile de peinture rouge » vient d’une logistique inadéquate qui m’empêche de me concentrer sur la créa. Pas facile d’aller prendre un pinceau tout en ce disant qu’il faut peindre entre tel et tel heure (pour éviter le soleil) penser qu’après le grand déballage de matos il faut tout ranger et nettoyer et être perturbé par télé, chien, chat, voisin, mabouya, mauvais temps etc… Surtout qu’il faut finir des prévisions financières et renvoyer une satanée maquette.

 

Peindre est une activité à temps plein. Si je veux que chaque coups de pinceau traduisent réellement mon ressenti, celui-ci ne doit pas constamment être perturbé par des « obligations extérieurs » et des stupides problèmes de logistique. Mais pour ça il faudrait pouvoir vivre  de la vente des toiles… j’en suis loin !

Et à force de recommencer sans cesse une toile,  je finis par me demander si je dois vraiment continuer. C’est salissant, onéreux, et me prend du temps… Je crois que c’est comme ça que l’on abandonne ses projets.

Don’t panic ! Dessiner, peindre, ce sont les deux activités que je n’ai jamais abandonné depuis que je sais tenir un crayon. ça me fait penser qu’au primaire j’avais fait le choix de devenir vétérinaire ou… dessinatrice. En étant graphiste je pense que j’ai bien tenu mon engagement de l’époque, lol !

 

Il est 10h. Au moins ça va sécher plus vite !

 

 

Partager cet article :
  • Print
  • Facebook

Pas d'article similaires.

Tags: ,

Laisser un commentaire